Les bases de la créativité en 4 questions - réponses

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Qu’est-ce que la créativité ?


Rentrons dans le vif du sujet avec une énigme.

Trouvez la suite logique de cette combinaison de chiffres. Réponse à la fin de l’article. ;)



Ce problème illustre à merveille notre capacité à être créatifs face à un problème.

Tout d'abord, il est essentiel de dissocier le concept de “l’art” à celui de la "créativité" car cette dernière répond à une définition générale qui s'applique à de nombreux domaines. En effet, la créativité est définie comme la capacité à produire un travail qui est à la fois original (nouveau, inhabituel, inattendu) et de qualité (utile, bon, adapté) (1,2). Par conséquent, être créatif ne signifie pas être un artiste mais signifie être doué face à la résolution de problèmes en étant capable de penser à différentes solutions qui répondent à un contexte particulier.




Quelles sont les origines de la créativité ?


Cette question soulève d’autres interrogations: Quand est-ce que la créativité est-elle apparue? Avons-nous toujours été créatifs?



Image 1: Frise historique retraçant l’origine de la créativité


Les plus vieilles traces archéologiques démontrent un début de créativité dès -3,4 millions d'années (os d’animaux avec des traces de boucherie provenant de Dikika, en Éthiopie). Les traces se sont avérées plus évocatrices dès -1,76 million d'années après avoir retrouvé des outils de pierre taillés sur deux faces (“Biface”) au Kenya. Cependant, au sein de cette frise historique, le meilleur exemple de la démonstration d'une capacité créative est sans ancun doute celui datant de -77 000 ans. Les archéologues retrouvèrent des restes de “literies insecticides” en Afrique du sud: des “lits” recouverts d’une mince couche de feuilles d'un arbre de l'espèce Cryptocarya woodii reconnu pour être composé de substances chimiques insecticides efficaces contre les moustiques (3,4).

De -3,4 millions d’années à aujourd’hui avec la création des robots humanoïdes (“Sophia”), nous avons fait preuve d’une étonnante capacité à inventer et à résoudre des problèmes. Après l'avènement du langage, la créativité est certainement l’un des leviers les plus puissants qui a participé à l’évolution de notre espèce.




Comment évalue-t-on la créativité en sciences cognitives ?


Les deux principaux processus d’évaluation de la créativité sont basés sur la pensée divergente et la pensée associative.


La pensée divergente a été évoquée par Guilford, ancien psychologue et professeur de psychologie. La pensée divergente définit la capacité à générer plusieurs solutions à un problème ouvert pendant un temps défini sans qu’il n’existe de solution correcte. L’exploration de plusieurs solutions autour de ce problème se traduit par une recherche pluridirectionnelle dont le résultat est un ensemble de solutions alternatives. La résultante est une séquence organisée de mots représentatifs d’un concept ou d’un élément.

Illustrons ce concept avec une tâche simple qui consiste à trouver des utilisations différentes à un objet en particulier. Si nous prenons l'objet "Brique" et que nous devons trouver un ensemble de fonctions relatives à cet objet (en plus de la fonction basique de construction), nous pouvons évoquer différentes solutions comme l'utilisation d'une brique comme une arme ou comme une cale.

Dans cet exemple, le processus de pensée divergente consiste donc à trouver le plus d'utilisations possibles à cette brique en un temps limité. Par la suite, nous pouvons engager une “pensée convergente” afin de sélectionner l'une de nos solutions (voir image 2).

Image 2: Représentation du concept de la pensée divergente.


Le deuxième processus d’évaluation de la créativité est la pensée associative, décrit par l’ancien psychologue Mednick (2). La pensée associative est la capacité à lier des éléments dont les concepts sémantiques sont lontains. Plus ces éléments ont une distance sémantique lointaine, plus nous faisons preuve de créativité. Par exemple, associer le mot “Corbeille” au mot “Table” est plus créatif que d’associer le mot “Chaise” au mot “Table” car la distance sémantique des mots "Table/Corbeille" est plus grande que celle des mots "Table/Chaise".

Pour le processus de pensée associative, être créatif signifie s'affranchir des liens dont la force sémantique est importante pour trouver des associations plus originales. Attention, ces associations doivent répondre aux exigences d’un contexte et/ou être utiles. Autrement dit, associer le mot “Rêve” au mot “Table” n’a aucun sens.



Image 3: Représentation du concept de la pensée associative.


Ainsi, de nombreux tests en recherche se basent sur la pensée divergente ou la pensée associative pour évaluer la capacité créative des individus. Néanmoins, la créativité étant un processus complexe, il faut garder à l’esprit qu’une évaluation complète de cette dernière nécessite l'utilisation de plusieurs théories.




Comment se matérialise la créativité dans notre cerveau ?


Il se trouve qu’énormément de régions sont impliquées dans la créativité (6). Cela peut être expliqué par le fait qu’être créatif requiert une bonne mémoire, une bonne flexibilité cognitive, une bonne capacité de synthèse et d’autres fonctions cognitives majeures (voir mon articlehttps://www.lydiabessai.com/post/brain-ai-ci-a1-tout-savoir-sur-la-m%C3%A9moire-en-3-questions-r%C3%A9ponsespour plus d’informations). Mais dans un cerveau, les régions communiquent entre elles. Cette interaction matérialise les “réseaux neuronaux”, c’est-à-dire des ensembles de régions qui s’activent simultanément. Comprendre la créativité signifie donc comprendre quels sont les réseaux neuronaux impliqués dans ce processus.


Pour identifier ces réseaux, il est intéressant de distinguer les cerveaux “créatifs” des cerveaux “non créatifs”. Le travail d'E.Beaty et ses collègues (6) l’illustre parfaitement. Grâce à une tâche classique de pensée divergente combinée à une méthode d’imagerie cérébrale (IRMf - ou Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle), deux types d’architectures cérébrales ont pu être identifiées: les réseaux très créatifs et les réseaux peu créatifs. Sur la base de cette dissociation, 224 nœuds (ou régions spécifiques dans le cerveau) ont été positivement corrélés à la créativité démontrant que les cerveaux créatifs exhibent des connexions denses principalement dans les régions frontales et pariétales. Plus précisément, le réseau du mode par défaut (cortex temporal, préfrontal, pariétal et lobe limbique), le réseau “salience” (cortex insulaire et dorsal) et les réseaux fronto-pariétaux (cortex frontal et pariétal) ont été identifiés comme impliqués dans le processus créatif.


Comme écrit dans mon premier article sur la créativité:

La créativité est donc répartie de manière distribuée dans le cerveau [...]. Je vous demande donc de bannir pour toujours la phrase suivante: l'hémisphère droit est responsable de la créativité.

Image 4: Résultat des travaux de E.Beaty et al. - Identification des réseaux créatifs/non créatifs (6).



Merci d'avoir suivi cet article sur la créativité!

Nous nous retrouverons bientôt avec un prochain article sur la créativité concernant la neuroéducation et l'influence de l'environnement sur notre potentiel créatif.


NB: Durant mes ateliers de créativité, j'explore de nombreux tests de créativité afin de vous aider à produire des idées plus pertinentes. N'hésitez pas à vous renseigner dans la section de mon site prévu à cet effet.


BIBLIOGRAPHIE

  1. Dietrich A. (2004). « The cognitive neuroscience of creativity ». Psychon. Bull. Rev. 11, 1011–1026.

  2. Mednick S. A. « The associative basis of the creative process ». Psychol. Rev. 69, 220–232 (1962).

  3. Les origines de la créativité, Heather Pringle - Pour la science numéro 427, avril 2013

  4. https://www.hominides.com/html/actualites/literie-et-insecticide-77000-ans-sibudu-afrique-0533.php

  5. Beaty, Roger E., Yoed N. Kenett, Alexander P. Christensen, Monica D. Rosenberg, Mathias Benedek, Qunlin Chen, Andreas Fink, et al. “Robust Prediction of Individual Creative Ability from Brain Functional Connectivity.” Proceedings of the National Academy of Sciences 115, no. 5 (January 30, 2018): 1087–92. https://doi.org/10.1073/pnas.1713532115.

  6. Gonen-Yaacovi, G., De Souza, L. C., Levy, R., Urbanski, M., Josse, G., and Volle, E. (2013). Rostral and caudal prefrontal contribution to creativity: a meta-analysis of functional imaging data. Front. Hum. Neurosci. 7:465. doi: 10.3389/fnhum.2013.00465

  7. Par exemple, sur la première ligne il y a “deux 1”, donc la réponse d la deuxième ligne est “21”. La deuxième ligne est composée d”un 2 et d’un 1”. La troisième ligne s’écrira donc “1211”. Ainsi, avec cette logique, on arrive à la réponse finale qui est “31131211131221 “.


Réponse de l’énigme de la suite de chiffres: 31131211131221.

Logique: contrairement à ce que nous pensons, il ne s’agit pas d’une logique mathématique. Utiliser des multiplications, des additions ou des racines carrés ne vous permettra pas de répondre à cette énigme.

C’est un problème “oral”; c’est-à-dire que l’on indique sur la ligne suivante le nombre de chiffres que l’on perçoit.

Par exemple, sur la première ligne il y a “deux 1”, donc la réponse de la deuxième ligne est “21”. La deuxième ligne est composée d”un 2 et d’un 1”. La troisième ligne s’écrira donc “1211”. Ainsi, avec cette logique, on arrive à la réponse finale qui est “31131211131221 “.

87 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout